HIER AUJOURD'HUI Inondations en vagues à Herseaux- Ballons

n.c.

HIER AUJOURD'HUI
Inondations en vagues à Herseaux- Ballons
On ne se l'est pas toujours « coulé douce » aux Ballons, en proie aux inondations jusqu'aux années 60...
Les crues des « riez » (1), l'Espierre (2) et le Berckem (3) entraînant de graves inondations ne datent pas d'hier. Divers documents français, remontant au 19è me siècle, mettent en évidence les soucis causés par les inondations ainsi que des propositions de mesures afin de solutionner cet épineux problème. Citons comme exemple une lettre, écrite en octobre 1846 par un agent voyer (responsable des voies publiques) de Lille, qui annonce au bourgmestre d'Herseaux l'exécution d'importants travaux, et souligne des obstacles présents en Belgique. Une autre lettre (de 1879), préfectorale celle-là, traite des secours et de l'envoi d'experts pour estimer les dégâts. En février 1891, un écrit signale des « inondations recouvrant plus de 100 ha », ainsi qu'une contamination des eaux provenant de Roubaix qui « empoisonnent le poisson du canal ».
Plusieurs facteurs sont à l'origine des inondations: des ponts ou passerelles trop bas, formant barrage lors de fortes pluies; plusieurs coudes de l'Espierre, freinant les eaux; le pont du chemin Duriez ou Grimomprez, dont le débouché est insuffisant; enfin, bien sûr, le Breckem qui se jette à angle droit et « double » l'arrivée d'eau, entraînant par un remous le reflux du cours d'eau principal. Lors d'abondantes pluies, le niveau des eaux s'élève rapidement, et quelques minutes suffisent pour provoquer des envahissements de 40, 50 voire 60 cm d'eau! Et comble de malheur,
l'Espierre et ses affluents débitent des eaux (déjà!) polluées par les nombreuses industries. On peut aisément imaginer les odeurs s'incrustant dans les habitations des rues du Crétinier, du Coucou, du Lundi et autres proches du « riez »...
Au début du 20ème siècle, tant côté français que belge, on se dit conscient du problème. Il faut curer les ruisseaux obstrués, élargir les berges, redresser le lit des cours d'eaux. Les inondations sont chez nous catastrophiques, occasionnées surtout par le Berckem. L'urbanisation rapide de Wattrelos n'arrange rien, tout comme l'apport croissant des eaux usées des usines textiles françaises (jusqu'à 60.000 m³ par jour!). Les projets et promesses se succèdent, mais sombrent aussi vite, les uns après les autres.
Une solution, vite !
Entre les deux guerres ont lieu les débordements les plus catastrophiques de l'Espierre. Un rapport de 1925 signale une année particulièrement catastrophique, avec 3 à 400 habitations régulièrement inondées et contaminées. Le quartier du Ballon connaît de manière plus ou moins fréquente entre 20 et 30 inondations par an, entraînant la destruction de récoltes, la contamination des puits et la dégradation d'immeubles. Quant aux dédommagements, s'ils existent un tant soit peu en France, ils sont quasi inexistants côté belge. Quelques sinistrés et politiques locaux tentent de réagir, réclamant à l'état de l'aide et une solution radicale pour endiguer ce fléau. Plusieurs comités se créent (4), des estimations de prix sont faites, mais rien n'y fait. En mai 37, une lettre est même donnée en mains propres au roi Léopold III, alors de passage à Herseaux. Mais la guerre survient, et les espérances tombent... à l'eau!
Il faudra attendre les années 50 pour que survienne la « solution finale ». Entre 1956 et 1958, une première tranche de travaux est effectuée: l'Espierre est élargie sur 1408 m, au confluent de la Grande Espierre et de l'embouchure de l'Escaut. La décision de prolonger jusqu'à l'écluse de Warcoing, soit 1519 m, est prise. En septembre 1958 - année électorale qui voit M. P. Mullie succéder à M. J. Beaucarne comme bourgmestre d'Herseaux -, suite à de nouvelles inondations, M. Ervyn, architecte urbanistique de Dottignies, est chargé de dresser un plan d'assainissement du quartier des Ballons, prévoyant la reconduction d'égouts, des digues, une station de pompage. Les travaux effectués, les riverains espèrent enfin être définitivement à l'abri des « flots ». Mais en mai et juin 1964, de nouvelles inondations ont lieu, entraînant leur lot de sinistrés.
Ce n'est qu'en 1972 que la solution radicale est entreprisepar le recouvrement complet de l'Espierre dans sa traversée de Wattrelos jusqu'au pont du Sartel et celui du Berckem. Ainsi « disparaît » la frontière naturelle franco-belge, qu'on devine encore aujourd'hui par le dôme de terre parcourant les jardins des riverains...
JACQUES HOSSEY
À NOTER (1) grands ruisseaux.
(2) L'Espierre prend sa source à Mouvaux
et forme la frontière franco-belge aux
Ballons sur quelques centaines de mètres
avant d'entrer en
Belgique par Leers-Nord.
(3) Le Berckem ou Petite Espierre a sa
source près du parking du Risquons-Tout,
sert de frontière tout en se dirigeant vers
les Ballons, pour se
jeter dans l'Espierre.
(4) Un comité de défense est présent au
moins dès 1927 (« Commission
franco-belge »). En 1930 se crée
l'« Association des victimes de l'Espierre
et du Berckem » qui ira jusqu'à proposer
une grève de l'impôt! En 1931 se
constituera la wateringue « Les Ballons ».
Les inondations - régulières - pouvaient être catastrophiques ! DOCUMENT R. VANDERZYPE

___________________________________________________________________________________________